C’est la conclusion de mes réflexions sur la manière d’inverser la pente savonneuse sur laquelle nous glissons depuis trop longtemps. Ralentir pour se sentir mieux, ralentir pour soulager la pression que nous infligeons à notre planète et à nous-même. ça et la volonté de s’améliorer et améliorer son environnement, me semble des pistes à tenter, des chemins prometteurs.

Pas besoin d’être radical, extrême, passé d’une agitation à une autre, seulement RA-LEN-TIR.
J’essaie de ne pas être une énième donneuse de leçons, une commentatrice critique sans idées. J’observe, je vois, prends conscience et ne peux m’empêcher de partager mes réflexions. Dans ce monde absurde, quelques évidences me sautent aux yeux telle que la vitesse inutile de notre société occidentale, somnambules courants comme des poulets sans tête, pour la métaphore champêtre. Et si nous voyons tous cela et que nous changeons notre manière de penser et que nous agissons : quelle puissance d’action !

 

Toujours plus vite, pourquoi ?

Parce qu’on y pense pas… on suit le mouvement comme entraîner dans la foule (ah, Edith Piaf!), le flux qui s’accélère. On est pris dedans comme dans un tambour de machine à laver. Et la vitesse d’essorage maxi n’est jamais atteinte. Alors est-on obligé de courir toujours plus vite que le voisin ? Ne peut-on être humble ou raisonnable et se dire que nos limites sont atteintes et qu’on est bien à ce rythme ?

Je dis souvent que nous sommes des occidentaux gâtés. Il est vrai, nous sommes dans un confort matériel sans être atteint par des violences physiques globalement. La société n’en reste pas moins dure, juste d’une autre manière, plutôt une violence psychologique, que l’on s’inflige pour partie.
Et on coure vers quoi ? Ne courre-t-on pas vers les propres besoins et problèmes que l’on s’est créé ? Aidés par nos outils qui nous dépassent ? Toujours plus vite… « L’argent ne fait pas le bonheur. » (ou son surplus pour être réaliste), « Rien ne sert de courir. » Il est important de se redire ces évidences populaires, voire quelques slogans détournés comme « Travailler moins pour vivre plus ». Elles permettent de se galvaniser et, parce qu’entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, il peut y avoir des différences, voire un gouffre, il est bon de se rappeler ces principes.

 

La course à l’efficacité

On se dit que de faire beaucoup nous amènera quelque récompense, quelque satisfaction. Le cimetière est plein de gens indispensables ! Aller vite, être disponible en permanence, est demandé par la société, monde professionnel et personnel sursollicitant, nous amenant à être multitâche sans grande efficacité. Notre attention est diluée et le survol de multiples petites tâches nous amène un faux sentiment d’efficacité. Cependant, espoir toujours, l’attention se dompte, s’apprend. Nous sommes des jedis en herbe, plein de potentiel, pour peu qu’on fasse l’effort.
Et alors, on peut se concentrer sur une tâche, se laisser absorber par une activité, oubliant le temps, pour ne garder que la grande satisfaction de ce qu’on a accompli.

C’est aussi passer d’un mode compétitif à un mode collaboratif, un changement de disposition d’esprit dont je mesure la difficulté. Mais, une chance, si l’on peut dire : pas besoin de chercher un ennemi pour se rassembler et se galvaniser, nous avons de nombreux défis à relever ensemble face aux multiples crises.

 

On saute le pas

Ralentir est nécessaire mais encore faut-il le faire ensemble et de manière coordonner. Tout le nœud du problème est là. Devant l’emballement et l’inertie de tout système, comment ralentir ? Se coordonner serait merveilleux mais semble utopique alors… Comme toujours, des premiers qui entraîneront le reste.
Dans ce flux de personnes pressées, stressées, accélérant comme un peloton de cyclistes dans un couloir, notre fenêtre sur le monde environnant se réduit d’autant que la vitesse augmente. Et si on s’arrêtait pour regarder la vue depuis cette petite fenêtre ? On s’aperçoit qu’elle grandit à mesure qu’on ralentit...
On peut aussi voir cela comme un flux de personnes, une foule qui s’écoule compacte comme un jour de manifestation (selon les organisateurs !). Et si on fait un pas de côté pour marcher le long, observer cette foule ? On vit sa vie tranquillement. Et puis d’autres nous rejoignent. Finalement le rapport s’inverse.
Toujours cette inertie, certes, mais toujours cette foule et le pouvoir du mimétisme. On se copie les uns les autres, surtout ce qui nous paraît une bonne idée.

 

Encore faut-il en avoir envie, avoir l’énergie. Cela peut paraître paradoxal mais il faut de l’énergie et de la volonté pour ralentir, pour lutter contre l’emballement qui nous appelle.

Il me semble qu’il y a un manque d’énergie humaine en synergie avec le manque d’énergie physique peut être (le pic de production de pétrole conventionnel s’est établi en 2008 et depuis nous exploitons d’autres sources pétrolières mais n’atteindrons plus cette production, nous stagnons puis nous réduirons). Serait-on dans une zone de stagnation, d’attentisme ? Mais chacun, nous pouvons partager notre énergie, nos envies, donner envie. Étant étudiants, nous avions l’habitude de dire « rien lâcher, tout donner ». Il est toujours temps de le mettre en pratique avec une vision de long terme et en y ajoutant du lâcher-prise et de la décontraction au quotidien : l’expérience personnelle, les expériences universelles, pour nous aider à y voir clair sereinement, analyser, prendre le temps de la réflexion puis décider si on le peut encore.

 

Même cause, mêmes effets

Des cycles et des cycles, l’humanité tourne en cercle. La forme change mais le fond reste identique. À chaque révolution technique, grand changement, avancée notable et salutaire, les mêmes effets délétères. Je parle ici des effets secondaires à l’intensification d’une technique.

Prenons l’exemple de l’agriculture ou comment domestiquer les plantes (on part loin dans le temps, on prend de la hauteur sur notre frise chronologique nous ramenant il y a 8 à 11000 ans). Cela est aussi lié à un événement climatique (fin de période glaciaire) car tout est imbriqué, complexe évidemment. S’en est suivi la sédentarisation. On gagne en confort, en qualité de vie, ça c’est du progrès il me semble. Le revers, très très longtemps après, par la massification du procédé, c’est-à-dire l’intensification de cette avancée technique : une uniformisation de la nourriture, une pollution des sols, la 6ème extinction des espèces en cours.

Autre exemple de grand changement : la révolution industrielle d’abord par le charbon (la vapeur) puis le pétrole. Heure de gloire des énergies fossiles nous propulsant dans un confort inégalé (pour les pays industrialisés de fait) et amenant les effets que l’on connaît : pollution atmosphérique, accumulation de déchets, réchauffement climatique, uniformisation de la manière de vivre.

 

Alors je prends peur sur cette nouvelle avancée technique promise, souhaitée, louée : la digitalisation. On sacre le numérique comme une révolution technique incontournable mais il me semble qu’il s’agit encore d’une intensification non souhaitable pouvant amener (si ce n’est déjà le cas) des effets délétères, encore. Cycle et cycles…

 

Internet, les outils numériques ont permis des changements qui, sans apporter de réel confort il me semble, ont apporté un divertissement facile et immédiat (dans les usages domestiques). Est-ce là un progrès ? Je ne juge pas de cela mais ne peux m’empêcher de faire des parallèles avec le passé. Après avoir abîmé notre environnement physique, abîme-t-on notre environnement mental ? Va-t-on vers une uniformisation de la manière de penser ? Une pollution des esprits ?

Aujourd’hui, j’entends un article sur le développement de mondes virtuels, une réalité augmentée, l’internet multivers. J’ai l’impression qu'on oublie les infrastructures réelles nécessaires, que ces techniciens-créateurs sont des drogués, addicts sans recul sur leur propre consommation, leur comportement, et qui emmènent tout le monde avec eux. Sirènes tellement séduisantes, à l’opposé d’une volonté de se désintoxiquer de cette addiction, ce qui m’amène une seule réaction : Oulala, vite fuyons, déconnexion !

 

Ce qui est aussi sûr, c’est que couplé à la vitesse de notre société, les effets de nos actions se font ressentir plus vite, et couplé à la masse d’individus, les effets se font ressentir plus intensément.

Et si nous RALENTISSIONS, arrêtions cette intensification d’une technique au profit d’une diversification, peut-être pourrions-nous conserver les bénéfices sans les désagréments ? Ne pas risquer un asservissement et un emprisonnement dans un système technologique.

Les bénéfices sont finalement ce dont nous avons BESOIN. D’où la question essentielle du besoin : partir de ce qu’on VEUT et pas ce qu’on PEUT. Savoir se limiter pour durer.

 

Saturation

Les réponses actuelles me semblent en totale opposition avec un aspect durable et de conscience de nos limites physiques.
Bâtir = plus de ressources
Digitalisation = plus d’énergie
Toujours plus plus plus. Plus d’amis, plus d’activités… jusqu’à la saturation.

Nous avons dépassé l’abondance pour être dans la surproduction effrénée, incontrôlée, absurde. L’alimentation en est un exemple avec le gaspillage que l’on sait. L’habillement en est un autre exemple criant. La surproduction et la surconsommation engendrent la baisse de la qualité pour vendre plus de quantités. Et j’ai l’impression que cet état touche tous les secteurs (même le 7ème art!) : vite, vite, plus, plus. Absurdité environnementale et sociale mais pas encore économique… Dommage !

 

La gratuité (au passage, la gratuité omniprésente de nombreux divertissements ne doit pas masquer la réalité marchande - « Quand c’est gratuit, c’est toi le produit »), l’abondance et l’immédiateté apportées par internet nous amène à être des pashas assistés, impatients et blasés de tout très vite. On s’ennuie tellement en haut de la pyramide de Maslow que l’on se crée des besoins inutiles et futiles, des problèmes imaginaires qui détruisent et asservissent au lieu d’y rester tranquille, en haut de cette pyramide, et d’admirer le paysage et la pente derrière nous.

On manque d’envie, on est comme abasourdi par tant de possibles. On doit prendre rdv pour s’appeler. On ne sait même plus comment communiquer tellement on a de biais à disposition.

Cela va à l’encontre d’une utilisation raisonnable de nos ressources matérielles et énergétiques limitées physiquement. « Quand y’en a plus, y’en a plus ! » Alors va-t-on jusqu’au fond du pot de confiture comme des boulimiques ?!

 

On peut aussi arrêter d’accumuler matériellement dans nos placards. Un grand rangement, du tri, jeter ou recycler. Un principe à appliquer sans modération pour le matériel comme le virtuel !

Eviter d’envoyer trop de mails, redimensionner les photos stockées sur le cloud, baisser la qualité des vidéos visionnées, etc. On peut imaginer une charte digitale à l’image du code de la route. Nous ne sommes pas obligés d’utiliser toute la performance des machines à disposition, comme on ne roule pas à 200 km/h même si ma voiture me le permet.

 

On est devenu esclave de notre propre outil et par notre outil nous menant à faire tout tout seul : plus de secrétaire, plus de caissier, plus de fonctionnaire pour vos démarches administratives… tout en ligne, tout est magique pour augmenter la productivité (ce qui reste à démontrer sur le long terme).

Nos plateformes internet exacerbent l’individualisme et crée de l’isolement également. Lorsque l’on a besoin de quelque chose, on cherche sur internet, on regarde des tutoriels, des vidéos, on ne demande plus à son entourage, à une personne, une explication, que l’on nous montre. On est seul et on veut aller vite, être productif, efficace, terminologie de machines que l’on s’applique à soi-même.

Il est urgent de reprendre la main sur nos outils pour qu’ils restent des outils à notre service, pour améliorer notre vie et non la diriger.

 

La lenteur et le long-terme comme vision: moins mais mieux !

Il faut du temps pour que les choses soient bien faites. Parfois un tyran, le temps peut être un allié. Héritier du passé et bâtisseur du futur, nous avons loisir d’être dans le présent, baigné dans un flux dont la vitesse et les turbulences dépendent grandement de nous.
Le mot de décroissance fait peur pourtant il n’est pas synonyme de retour à la bougie, il n’est pas synonyme de retour tout court. La décroissance peut être une avancée. J’utilise ce mot en opposition à la « sainte » croissance vue selon le « saint » PIB comme unique moyen de vivre et seul but à atteindre, mais je préfère parler de sobriété. Il s’agit d’une façon d’aborder la vie en pensant à nos besoins d’abord.
« Se contenter de ce qu’on a ». Pas dans le sens « se contenter des miettes » mais dans le sens d’apprécier les richesses que l’on a sous le nez, de plaisirs simples.
Peut-on ressentir ces plaisirs simples sans avoir parcouru un chemin personnel de prise de conscience ? Comment y arriver sinon ? Je me pose la question et n’ai pas de réponse mais j’espère que beaucoup partage cette vision du « moins mais mieux ».

 

Slow l’escargot, têtue la tortue, puissant l’éléphant.

Aurore Bordet
13 février 2022

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