Toujours pas une visionnaire mais peut être une avant-gardiste. Je ressens, et suis, les courants avant la majorité. J’observe et j’écoute. On parle à tout bout de champ de « transition », et maintenant de « monde d’après ». Ce sont la « loi de transition énergétique » (depuis 2015), le « ministère de la transition écologique » et le « Conseil national de la transition écologique » depuis 2020-2021, la « transition numérique », etc. Dans quel but ? « sauver la planète ! ». Rien que ça ! Bruce Willis aidez-nous ! Précisons quand même que la planète (4,5 milliards d’années) n’a pas besoin de nous, homo-sapiens (200 000 ans). Il conviendrait plutôt de parler de sauver notre espèce humaine, fragile et égoïste ou, si je suis moins catastrophiste, notre manière de vivre, petits occidentaux privilégiés. Alors, je me demande « quelle transition? » Entre les discours creux et les actions trop timides, le rythme est lent. Et je vois se dessiner un système alors je m’exclame « quelle transition ! ». Ne sachant pas sur quel pied danser, je n’ai pas mis de ponctuation au titre de ce texte.

 

Une crise après d’autres, une crise avant d’autres

Pour certains (beaucoup j’espère) cette crise sanitaire agit comme un électrochoc (pour ceux qui ne marchent que par changements brutaux), comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase (pour ceux qui accumulent les arguments avant de changer), comme un accélérateur (pour ceux qui étaient déjà engagés dans une réflexion ou des actions de changement). Je ne pense pas que quiconque soit indifférent à la situation. Elle déstabilise, désorganise, se fait poser des questions. On pourra dire qu’il y a eu un avant et un après cette crise sanitaire.
Mais, dans une perspective plus large, cette crise est une parmi d’autres. Les esprits négatifs parlent d’effondrement (ou de fin de civilisation), les positifs de renouveau (ou de monde d’après), les modérés de transition (ou de changement). Toujours est-il qu’il s’agit d’un processus en cours, enclenché, inévitable, inhérent à la vie : naissance, croissance, apogée, déclin, mort. On a repris conscience de cette dernière et par la même de ce cycle peut être. Alors que tout était dit dans le Roi Lion ! Plaisanterie mise à part...
Il me semble qu’on a engagé un processus de révolution pacifique jusqu’à lors, marquée par des crises (financières comme en 2008, sociales avec les gilets jaunes, sanitaires maintenant, politique à regarder l’abstention et j’en passe). D’aucuns mettent le mot de transition, d’aucuns nous vendent du « changement maintenant », toujours est-il qu’il y a une évolution de fond et qui va en s’accélérant. Étant dedans, on ne s’en rend pas bien compte mais les citoyens s’organisent, les mentalités évoluent vite. On se pose, on compare le passé proche et le présent et on constate ces (r)évolutions.

Vitesse peut amener précipitation qui n’est pas souhaitable dans un processus de changement pacifique. De la réflexion est nécessaire. Mais on sent le besoin d’urgence alors on est tenaillé par cette contradiction (et les nôtres par ailleurs).

En outre, la gestion de cette crise sanitaire est à l’image du moment : de l’extrémisme infantilisant plutôt que de la confiance mesurée. À l’instar de la sécurité routière, on n’accepte pas la mort, alors même que celle-ci fait partie de la vie. On veut tendre vers zéro risque, tout contrôler, vivre le plus longtemps possible (comment, pourquoi, je n‘en parle même pas). C’est très triste quand la mort arrive mais on a un mot pour les imprévus létaux: les accidents. Le nombre d’accidentés sur les routes a atteint un niveau très bas en dessous duquel on ne pourra guère aller sauf à supprimer les voitures ou les humains les conduisant. Mais on met des radars partout. Contraintes, argent qui rentre. Ça sort de la poche des citoyens pour retourner dans la poche commune me dira-t-on… soit. Cependant, moi qui est besoin de comprendre pour adhérer, j’ai du mal avec ce contrôle oppressant.
Ce virus est peu létal bien que très contagieux, avec un comportement et des symptômes étranges et variables (c’est du moins ce que je comprends, les informations étant difficilement fiables). Mais on n’accepte pas la mort, le risque, l’imprévisibilité. Pas d’accidents souhaités ! S’ajoute des problèmes pratiques de manque de moyens dans les hôpitaux par exemple, que je ne nie pas. Mais, en résultat, on met en place une solution extrémiste et infantilisante : plus de contacts pour tous. S’ajoute les intérêts financiers de quelque uns qui ont le pouvoir d’imposer leur vue. Rouleau compresseur plutôt qu’explications et cas par cas. Alors, oui, il y a des gens peu respectueux des règles, certains ne respecteront jamais les limitations de vitesse ou ne mettront pas leur clignotant, mais faut-il toujours agir pour cette minorité ? Pour combien de temps encore va-t-on vivre en apnée avant de se rendre compte qu’on ne peut pas éradiquer toutes les maladies ? Le risque zéro n’existe pas, il serait temps de l’accepter.
On a fait une fixation sur les accidents de la route (si peu nombreux), on fait une fixation sur les malades de la Covid-19 si peu morts. Soyons prudents mais que cela ne monopolise pas toute notre attention et énergie !

Cette crise s’inscrit dans une lignée d’autres crises passées (financière, politique, spirituelle, environnementale…) et à venir. Comme le reste, il y a une accélération de leur fréquence. Tout ça pompe notre énergie et une décroissance de fond s’amorce (démographique, économique, des flux, etc).
Dans ces tendances d’échelle globale, de mouvement de masse, je crois indispensable de prendre conscience de notre influence (car la masse reste la somme de tous les individus). Ainsi ce sont les choix et les comportements de chacun qui se combinent.

 

Rester libre

Dans de nombreux de domaines, j’ai l’impression qu’on s’oriente vers un système de plus en plus verrouillé où les citoyens sont des esclaves bon à enrichir quelques concitoyens. Peut-on encore parler de concitoyens avec autant d’inégalités… Si on ne respecte plus notre devise : plus de fraternité depuis longtemps, l’égalité s’effrite, la liberté demeure ?
Les macro-systèmes (multinationales, regroupement d’entités dans tous les domaines) deviennent prépondérants, uniformisant tout, les goûts et les couleurs, les façons de vivre, de s’alimenter même. La diversité s’efface. Cela touche même l‘agriculture, tellement attachée à la terre ; mais plus maintenant. Les exploitations sont immenses (on a même des holding internationales), on s’oriente vers un nouveau système féodal, le seigneur étant le rentier qui a spéculé sur les terres. Vente où c’est cher pour acheter où c’est moins cher, pour agrandir sa surface, manger les autres. Tous les petits meurent avant de mourir de faim ? Travailles sur la terre qui n’est plus la tienne et sois content que je te paie une misère.
Alors comment conserver notre semblant de liberté ?
Il me semble qu’une solution sensée et de réfléchir à petites échelles oubliant les concepts de rentabilité économique (dans le sens d’un profit démesuré), de croissance du PIB (mathématiquement absurde). Tout cela : des notions obsolètes. Mais il faut des initiatives (qui sont nombreuses actuellement ! Espoir).

 

La fin de la fête

J’ai l’impression de pouvoir comparer notre situation actuelle a une grosse fête. On s’est bien marré pendant plusieurs décennies - voir depuis la révolution industrielle selon le point de vue – et maintenant il faut arrêter la musique et ranger le bazar. « Chaque bonne chose a une fin ». Alors il y a toujours ceux qui organisent, ceux qui profitent, ceux qui nettoient. Certains font tous les rôles, certains sont mono-tâche, mais on a tous fait la fête. Maintenant il faut ranger. Il y a toujours un rabat-joie qui s’y met en premier et puis les autres dansent encore un peu. Et puis ils se résignent et aident à ranger le bazar, en musique et puis on finit par arrêter la musique et aller se coucher, même les moins raisonnables.
Alors s’y on s’y mettait !?
On me dira que plein d’actions sont en cours, en étude tant au niveau politique que citoyen que du côté des entreprises. Oui c’est vrai, avec une accélération il me semble. Mais dans quelle direction ? Et j’aime à comparer notre situation à une maison en feu. Il y a ceux qui agissent tout de suite avec leurs petits sceaux, il y a ceux qui vont réfléchir un peu (peut être amener un camion-citerne) ou beaucoup (construire un réseau d’eau pour les futurs incendies) et ceux qui regardent. Alors qu’est-ce qui aura été efficace ? Sûrement un peu de tout. Qu’est-ce qui restera de la maison ? Ça dépend de la vitesse du feu, de la coordination, rapidité et efficacité d’actions. En tous cas il restera toujours quelque chose sur quoi reconstruire (ou au moins le réseau d’eau sur lequel on aura tant réfléchi!). Ça demandera plus ou moins de travail, c’est tout.
Et après tout ça, rien ne changera dans le fond, avec des exploités et des exploitants. Alors tout le monde réfléchit, se bat, essaye d’anticiper pour être l’exploitant, le roi de la fête. Soit, et ne pourrait-on pas rendre notre système plus juste par la même occasion ? Que tout le monde s’amuse, quoi ! Et pourquoi pas une fête en extérieure ?

 

Sérieux et modération

Car notre ennemi est l’inertie. Cette force qui retient la masse, qui nous ralentit, qui peut pousser jusqu’à la procrastination. Ne rien faire, il y a bien une bonne âme qui va s’y coller à ma place. Et puis non, à un moment, il faut bien s’y mettre. Mais le temps de ranger, nettoyer, on n’est pas encore coucher. Cependant quelle satisfaction quand tout s’est bien passé et qu’on range la serpillière.
On est libre, éduqué, riche, dans un pays plein de ressources. Chanceux que nous sommes, nous avons le luxe de choisir quelle transition nous voulons, de l’imaginer, de la modeler.
Mais la musique nous retient alors que nous devons commencer maintenant. Le changement prend du temps, monter des projets prend du temps d’où l’amorce maintenant. Lançons-nous avec sérieux et modération mais détermination à faire autrement.

 

Ma génération de transition

Je parle de ceux qui ont actuellement entre 35 et 50 ans, ces adultes, parents, responsables, tout ça à la fois ou partiellement. Nous pouvons peut être avoir du ressentiment pour la génération du dessus qui n’a pas agit sur le long terme et de la pitié pour la génération du dessous pour qui la vie sera moins sereine. Mais la vie s’adapte toujours.
Nous devons tenir tête aux idées faciles, remettre en cause un système global qui dysfonctionne, expliquer aux plus âgés qu’on ne peut plus faire comme avant, et éduquer les plus jeunes en leur montrant un chemin d’espérance. Arrêter de faire les enfants gâtés et prendre ses responsabilités d’adulte.
Subir ou agir, c’est le choix d’être suivi ou de suivre, se plaindre ou essayer, réfléchir à ce qu’on veut et le faire. Les politiques sont le reflet de notre société, de notre mentalité, de notre manière de vivre. Ils suivent le mouvement et pas le contraire, avec quelques années de décalage d’ailleurs. Si on veut les changer, il faut changer soi-même, à notre échelle qui s’essaimera.

On est paralysé, dans la torpeur mais pourquoi avoir si peur ? Chacun, à son échelle et selon ses moyens, peut faire quelque chose, à commencer par un comportement plus sobre. La frugalité n’est pas une régression et a des conséquences rapides par exemple.

Ouvrir son esprit, penser différemment. Prendre le temps de la réflexion et échanger, sans se noyer dans les infos. Faisons-nous confiance. On a plein de choses en soi qui ne demandent qu’à s’exprimer. Arrêter d’avoir peur et essayer ! Les erreurs n’existent pas, elles sont des expériences plus ou moins agréables riches d’enseignements.

 

Aurore Bordet

14 juillet 2021

 

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